LA COLOMBOPHILIE HIER ET AUJOURD'HUI.
. HISTORIQUE
Le sport colombophile s'est développé en fonction des moyens de locomotion. Pour faire courir les pigeons, encore faut-il les mener loin, rapidement.
Utilisé dès l'Antiquité comme porteur de message, auxiliaire des armées, le pigeon fut ramené en Europe par les Croisés. Privilège des puissants - châtelains, seigneurs, abbés,… les colombiers ne devaient toutefois être démocratisés qu'à partir de la Révolution Française. Luxueuse mascotte seigneuriale, postier ou volatile voué à la casserole, le pigeon devint au siècle dernier le principal héros d'un jeu nouveau: le sport colombophile.
Si quelques précurseurs devancèrent cette mode dès l' Ancien Régime, c'est sous l'époque napoléonienne que la colombophilie populaire connut son essor, avec convoyage en charrette des volatiles à quelque distance pour le lâcher, remise de prix aux éleveurs des bêtes les mieux classées et naissance d'associations cherchant à règlementer le sport nouveau. L'amélioration du circuit routier, l'extension des voies ferrées et de plus grandes possibilités de loisirs populaires permirent la multiplication des épreuves sur distances de plus en plus longues, tandis que les colombiers s'implantaient nombreux en Belgique et dans le Nord de la France. En 1902, il était entré en France, par la seule gare de Tourcoing, un total de 985.170 pigeons!
. IMPORTANCE ACTUELLE DE LA COLOMBOPHILIE
Ce sport rassemble en France près de 40.000 adhérents licenciés dans plus de 900 associations: Les quatre cinquièmes de ces « couloneux» résident dans le Nord. Près d'un million de pigeons voyageurs sont bagués et élevés chaque année. L'Union des Fédérations régionales des Associations Colombophiles de France est établie à Lille (54, Boulevard Carnot, 59042 Lille). .
En Belgique, la colomphilie est un sport national des deux côtés de la frontière linguistique et compte près de 120.000 adhérents. De toutes les fédérations sportives belges, c'est celle qui groupe encore le plus grand nombre d'affiliés inscrits à quelque 1.840 sociétés. (Organisme central pour tout le pays: la Fédération Colombophile Belge, 39, rue de Livourne, 1050 Bruxelles.)
Les Unions, Fédérations et diverses Associations éditent des bulletins périodiques diffusés parmi leurs membres.
. CATEGORIES DE CONCOURS
a) Vitesse: jusqu'à 250 km environ.
b) Demi-fond: de 250 à 550 km.
c) Fond: au-delà de 550 km.
On organise en France chaque année quelque 40.000 concours de vitesse, 15.000 de demi-fond, 2.000 de fond. Les lâchers sont subordonnés à l'autorisation de la Fédération régionale et du préfet du département. La Belgique - située dans l'extrême Nord par rapport aux lâchers pratiqués en France et en Catalogne - a déterminé une quatrième catégorie: le grand-fond, pour les distances de 900 à 1.200 kilomètres. (Exemple: départs de Saint- Vincent-de- Tyrosse, près de Dax, de Perpignan ou des environs de Barcelone.)
. VITESSE DE VOL
La vitesse est, bien sûr, dégressive par rapport à la distance parcourue d'une traite. Le vent joue également un grand rôle. Un pigeon couvre de 700 mètres à plus de 2.000 mètres à la minute, et peut franchir des distances allant jusqu'à 1.000 kilomètres en une journée (70 à 120 km/h).
ENLOGEMENT ET CONSTATATION
Les pigeons inscrits pour les épreuves sont portés au siège de l'association où se fait la « mise en loges». Le « constateur», remis par l'association, est vérifié par un « régleur » et scellé pour éviter toute fraude. Le constateur est une sorte d'horloge pointeuse qui enregistrera l'heure exacte de réception de la bague du ou des pigeons revenus de voyage. Les pigeons de l'éleveur sont dotés chacun de bagues spéciales numérotées, en caoutchouc. Ils sont ensuite « enlogés » dans les « paniers de voyage» (regrou¬pant 20 à 25 bêtes d'éleveurs différents par panier). Ces paniers sont acheminés sous la surveillance de « con¬voyeurs» vers les lieux des lâchers.
Les enjeux se font avant la fin des opérations d'enloge¬ment : la société colombophile dresse un tableau récapitu¬latif public de ces mises.
Au retour des animaux, les bagues sont insérées dans le constateur pour pointage; l'appareil doit être remis dans un court délai prescrit - variable selon la localisation du colombier - à la société colombophile qui assure les opérations de contrôle définitives. Les distances se calculent depuis le lieu du lâcher jusqu'à un point central proche des pigeonniers concernés: tour d'église, grand-¬place, monument. On y ajoute ou soustrait, suivant le cas, la distance comprise entre ce point central et le colombier, l'emplacement de ce dernier étant strictement repéré et ses coordonnées exactes vérifiées par un géomètre expert lors de l'inscription de l'éleveur au cercle colombophile local.
Un code très strict est suivi pour éviter toute fraude: les contrevenants étant passibles de reclassification et d'exclusion, avec mise sur une liste d'interdiction d'encore participer à ce sport.
. L'UNION FAIT LA FORCE
Au passage des Pyrénées ou dans certaines régions désertes, les passages des pigeons sont parfois guettés par des rapaces qui espèrent y puiser leur proie. Mal leur en prend: au premier signe de présence ennemie dans le ciel, les voyageurs ailés se regroupent et montent plus haut que le rapace, lui empêchant toute plongée. Il ne trouve dîner que parmi les traînards ou désorientés, trop peu nombreux pour s'unir efficacement.
. UN SPORT POPULAIRE
Le vrai colombophile ne pratique pas ce sport par appât du gain, il y est bien souvent de sa poche. Les épreuves sont généralement dotées de prix (trophées, objets utilitaires et/ou argent). Les enjeux officiels sont redistri¬bués par les sociétés organisatrices selon des règles subtiles qui s'apparentent au tiercé. Et les paris privés sont nombreux. Ce qui explique l'enthousiasme, voire parfois la passion, qui anime certains éleveurs ou partisans colombo¬philes lorsque leur « champion» est en cause! Les explications à coups de tromblon restent heureusement littérature, et les crises passagères de mauvaise humeur se diluent au café colombophile local à grandes goulées de bière mousseuse ou de p'tits blancs secs.
A de rares exceptions près - certains éleveurs pratiquant la colombophilie dans des buts mercantiles pour vendre leurs champions ou surévaluer la descendance de ceux-ci - ce sport reste un hobby, principalement développé parmi la masse laborieuse de nos pays, braves gens bricoleurs et enthousiastes qui se construisent eux-mêmes leur colombier, constituent des colonies valables et se défendent avec succès sans investissements ni enjeux énormes.
M. ARCHIVE.
Repris de l’album B.D. « Le vieux bleu » de F.Walthéry et R.Cauvin – éditions Dupuis. 1980