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 La mémoire des pierres

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Bonnemine
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Localisation : Leval-Trahegnies
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MessageSujet: La mémoire des pierres   Dim 7 Oct 2007 - 14:04

La mémoire des pierres : heurs et malheurs du patrimoine architectural

Marie-Laure ROGGEMANS
Conseiller à la Fondation Roi Baudouin
Martine WILLE
Attaché Programme patrimoine Fondation Roi Baudouin

"La Mémoire des Pierres", titre générique d'une série d'opérations de sensibilisation à la sauvegarde du patrimoine architectural organisée par la Fondation Roi Baudouin, a fait découvrir au public une autre image de la Wallonie: celle d'une région possédant un patrimoine architectural d'une richesse inestimable. A côté des problèmes aigus qu'elle connaît actuellement, elle peut et doit s'enorgueillir de cet héritage, témoin de sa culture, de son travail, de ses apports techniques, de ses luttes...
Le patrimoine, héritage culturel faisant partie de la mémoire collective d'un peuple, ne comprend pas seulement les châteaux, les abbayes, les cathédrales, les hôtels de villes... mais aussi tout un ensemble de bâtiments plus modestes qui font ou ont fait partie du quotidien de nombreuses générations: des lavoirs, des maisons du peuple, des kiosques, des chapelles, des gares, des fontaines, des écoles, des places, des maisons communales.
Si les monuments prestigieux reflètent les heures de gloire d'une région, les bâtiments plus modestes ont, eux, marqué la vie populaire d'un village, d'un quartier, d'une ville. Beaucoup sont attachés à ces édifices qui, même s'ils n'ont pas une valeur architecturale exceptionnelle, possèdent à leurs yeux une valeur affective. Anéantir des éléments de ce patrimoine, c'est petit à petit appauvrir la mémoire collective, d'autant plus que les archives s'y rapportant étant souvent rares, toute trace de leur existence peut disparaître très rapidement.
La notion même de patrimoine est cependant encore plus vaste. Elle comprend également les matériaux utilisés et leur mise en oeuvre. La Wallonie a toujours fourni des matériaux de qualité: ardoisières, briqueteries, carrières de marbre,... ont fait la renommée des différentes provinces.
La Galerie des Glaces à Versailles n'a-t-elle pas été construite en marbre belge? Beaucoup d'exploitations ont été fermées, mais les bans ne sont pas toujours taris et certaines de celles-ci retrouvent aujourd'hui une activité qui remet à l'honneur nos produits régionaux et redonnent parfois l'occasion à nos artisans de transmettre leur savoir-faire aux jeunes générations.
L'environnement aussi participe de la notion de patrimoine. En effet, l'édifice n'est pas un bel objet et il ne peut en aucun cas être isolé de son contexte général. Il doit conserver un sens par rapport à son environnement immédiat: si ce dernier n'est pas préservé, aménagé avec intelligence, c'est le bâtiment, qui, même restauré, en pâtit et perd une partie de sa signification.
Cependant, ce patrimoine, valeur irremplaçable, est menacé en permanence. Les menaces? Elles sont de tous ordres et les attaques viennent de partout. Indifférence, négligence et oubli ouvrant la porte à toutes les déprédations; ignorance et méconnaissance de la valeur du patrimoine entraînant des interventions et "restaurations" douteuses et irréversibles; lourdeur des procédures en matière de classement et d'octroi de subsides; manque de moyens financiers et de réelle volonté politique; manque de coordination entre les différentes instances et dispersion des compétences impliquant l'immobilisme ou l'incohérence des décisions.

Patrimoine, parent pauvre de la culture?
D'aucuns considèrent que sa sauvegarde intéresse les seuls spécialistes, historiens, archéologues et autres amateurs de "vieilles pierres", qu'il s'agit là d'un domaine peu populaire, peu électoraliste, que "Monsieur tout le monde" a d'autres préoccupations. Cette opinion peut paraître évidente dans le chef de ceux qui n'ont pas d'expérience de terrain et qui, par là même, ne peuvent se rendre compte de l'attachement à un élément du patrimoine, fût-il modeste, parce qu'il rappelle l'histoire d'un village, d'un quartier, parce qu'il remémore des coutumes anciennes, un mode de vie et de travail qui se perd de plus en plus, un contexte important de l'évolution sociale et économique d'une région.
Prôner la défense de ce patrimoine, qu'il date du XIe siècle ou qu'il soit plus proche de nous, ce n'est certainement pas faire preuve d'un passéisme nostalgique. Au contraire, c'est sauver nos racines, nous assurer une pérennité, respecter ce qui a fait la valeur de la vie de ceux qui nous ont précédés, reconnaître les apports esthétiques, historiques, sociaux, techniques, sans lesquels notre époque n'aurait pas sa raison d'être.
Bien sûr, des mesures légales de protection existent, mais il est prouvé que le classement d'un bâtiment ne veut pas dire pour autant que celui-ci soit définitivement sauvé. Tout bâtiment classé ne bénéficiera pas non plus systématiquement de subsides permettant sa restauration. Et pour cause: le peu de moyens financiers oblige d'établir des choix prioritaires.
Alors, le classement? Mesure inutile ou inefficace? Certes non. Il garantit légalement au propriétaire du bien une intervention financière des Pouvoirs publics, empêche la destruction et la défiguration délibérées et permet le contrôle de la restauration.
Tout en évitant de figer le patrimoine, il serait souhaitable que cette mesure de sauvegarde s'intensifie, mais à la condition sine qua non que les budgets et les moyens afférents à la restauration de biens classés soient substantiellement augmentés.
En effet, certains chiffres sont très parlants.
Le délai moyen pour voir aboutir une procédure de classement est en pratique de 2 ans. Depuis la parution de la loi sur la protection des monuments et sites en 1931, 2.213 monuments ont été classés en Wallonie, 181 à Bruxelles et 5.100 en Flandre.
Les budgets annuels couvrant la restauration des bâtiments classés sont de l'ordre de 23 millions pour Bruxelles, 200 millions pour la Communauté française, plus de 500 millions pour la Communauté flamande. Ces montants concernent l'intervention des Pouvoirs publics sur le patrimoine classé public, privé et culturel, mis à part certains bâtiments qui émargent au budget des Travaux publics.
La Commission royale des Monuments et des Sites dispose de 36 membres effectifs bénévoles pour les monuments et sites, et de 19 membres correspondants par province, eux aussi bénévoles.
Le personnel administratif de la CMRS comprend deux responsables et sept employés. Les budgets consacrés aux frais de fonctionnement sont de l'ordre de 1.300.000 francs par an. L'administration du Patrimoine de la Communauté française, comprenant une quarantaine de personnes, compte sur les services de trois architectes et demi.
L'organisation du côté néerlandophone est différente. C'est toute l'administration, c'est-à-dire environ 140 personnes, qui sert de secrétariat à la Commission, elle aussi composée de bénévoles.

C'est ainsi qu'est né un mouvement qui, au travers d'associations de bénévoles, relaie les Pouvoirs publics. Ces associations, qu'elles soient organisées en asbl, cercles d'histoire ou d'archéologie, syndicats d'initiative ou qu'elles regroupent de manière informelle quelques bonnes volontés, ont compris qu'il était indispensable de sauvegarder les éléments du passé pour préserver l'identité culturelle et la cohérence d'une communauté.
Rien que pour la région francophone du pays, la Fondation Roi Baudouin, par l'intermédiaire de son concours "Entreprendre pour Sauvegarder", a reçu en trois ans plus de 150 dossiers d'associations qui, avec parfois des moyens très modestes, ont pris en charge la restauration d'un bâtiment participant de la mémoire collective d'un village, d'un quartier, d'une ville...
L'imagination est au pouvoir et toutes les compétences sont utilisées pour résoudre les nombreux problèmes qui se posent, le plus crucial étant celui des finances.
Certaines associations oeuvrent depuis 20 ans, toujours avec la même volonté, la même ténacité qui leur permettent de surmonter des obstacles parfois énormes. L'élément "moteur" de ces associations est très souvent celui qui a eu un coup de coeur pour une ruine, une chapelle, un lavoir... lequel devient rapidement à ses yeux le bâtiment le plus intéressant de la région.

La preuve de l'utilité de leur action est apportée par des réalisations concrètes. L'ancien Lycée de Wavre a été pris en charge par l'association "Coordination pour la Sauvegarde de l'ancien Lycée de Wavre" qui lutte depuis 1982 pour empêcher sa démolition et le restaure sans pouvoir compter sur une promesse de bail à long terme; la Halle de Gretedar à Malmédy a été entièrement restaurée par l'asbl "Malmédy Folklore" qui a ainsi évité que des parkings ne remplacent ce bâtiment du XVIIe siècle; les anciennes tanneries Gorin à Kain, qui ont retrouvé une nouvelle vie grâce à l'asbl "Le Grand Atelier"; la chapelle Notre-Dame-au-Chêne à Irchonwelz, restaurée par quatre pensionnés et classée après travaux; la salle capitulaire de l'abbaye cistercienne du Val-Saint-Lambert, rachetée au liquidateur de la cristallerie par les "Compagnons du Val-Saint-Lambert" et restaurée; la ferme de l'ancienne abbaye d'Heylissem restaurée avec l'aide des Jeunesses du Patrimoine architectural; la ferme abbatiale Saint-Laurent à Glons, petit à petit remise en état par l'asbl "Val du Geer"; les ruines des châteaux de Montaigle, Franchimont, Hauteroche, consolidées et mises en valeur par des asbl.

Cependant, le découragement guette ce mouvement si on persiste à ne pas lui accorder plus d'appui et d'aide et si on ne s'emploie pas à faciliter son travail. La situation de la plupart des asbl devient intolérable. Des projets sont arrêtés, faute pour elles de pouvoir payer les 10% complémentaires du salaire des CST et TCT auxquels elles ont recours. Les dossiers de subsides sont bloqués et, à moins de pouvoir rentabiliser une partie du bâtiment, c'est l'oeuvre de plusieurs années d'efforts qui est mise en péril. Les restrictions budgétaires entraînent une course sans fin à la recherche de fonds de fonctionnement et bien souvent, l'énergie qu'elles souhaiteraient mettre au service du bâtiment est utilisée pour trouver les moyens de survivre, tout simplement.

L'enthousiasme qui est souvent la qualité première de ces associations risque de s'émousser face aux entraves toujours plus nombreuses, alors qu'au contraire ces bénévoles devraient être encouragés car ils servent le bien commun. Il est d'autant plus dangereux d'enlever ainsi ce goût de l'action aux jeunes qui font partie des associations et qui en assureront la relève.

D'autres raisons d'être optimistes? L'attitude de propriétaires privés qui, se sentant responsables du bien historique qui est parvenu jusqu'à eux, mettent tout en oeuvre pour le maintenir en état. Lourd héritage pour certains, dépositaires d'ensembles architecturaux gigantesques. Là aussi, l'ingéniosité et l'imagination permettent des miracles. Rendre le bâtiment, en tout ou en partie, accessible au public, y organiser des concerts, des représentations théâtrales, comme à Corroy-le-Château, le louer pour y accueillir séminaires, colloques..., des fêtes comme à Deulin... En un mot, rentabiliser l'édifice tout en veillant à adapter les activités à l'architecture et à la structure du bâtiment. Grâce au produit de ces activités, les travaux d'entretien, de consolidation, de restauration peuvent être progressivement réalisés et ainsi alléger les charges du propriétaire.

Récemment, l'article 71 du Code des Impôts a été modifié par la loi du 27 décembre 1984 et les nouvelles dispositions donnent la possibilité au propriétaire de biens classés de déduire de ses impôts la moitié, avec un maximum de 250.000 francs, de la partie non couverte par les subsides, en vue de travaux d'entretien et de restauration pour autant que les immeubles ou parties d'immeubles soient accessibles au public.

L'évaluation de cette nouvelle mesure fiscale est encore difficile à établir, elle n'est en effet en vigueur que depuis un an et demi. Cependant, il semble qu'il y ait relativement peu de demandes. Manque d'information? Montant déductible trop bas? Obligation trop contraignante de faire réaliser les travaux par des entreprises? Peut-être l'exercice d'imposition 1987 infirmera-t-il cette constatation?

Depuis 1981, date de la parution du Livre blanc du Patrimoine immobilier, la Fondation Roi Baudouin a agi concrètement dans le domaine de la sauvegarde du patrimoine et, grâce à l'appui financier de la Loterie nationale, elle a lancé une série d'opérations exemplaires.

Forte de ces années de réflexion et de son expérience de gestion, et à l'instar de certains autres pays européens, la Fondation Roi Baudouin vient de créer le Fonds du Patrimoine architectural. En faisant appel au mécénat de particuliers, d'entreprises, d'organismes publics de crédit, elle entend élargir les possibilités de financement permettant d'augmenter le nombre d'opérations de sauvegarde du patrimoine, tout en garantissant une qualité maximale aux travaux de restauration qui sont entrepris et offrir aux mécènes potentiels une structure d'accueil qui assure la bonne utilisation de leur générosité.

En conclusion, l'état dans lequel se trouve notre patrimoine architectural et les problèmes que posent sa sauvegarde inquiètent, à juste titre, ceux qui ont à coeur de préserver les traces de notre civilisation. Nier ces traces, ces témoignages, en les laissant se dégrader et se ruiner dans l'indifférence, c'est aussi nier son appartenance à sa propre culture. Il est grand temps, au risque de voir disparaître irrémédiablement des pans entiers de cette culture, de développer une réelle politique de sauvegarde du patrimoine, d'encourager les mouvements de protection, de coordonner les actions des différentes instances concernées, de se donner enfin les outils et les moyens nécessaires pour que, sans honte, nous puissions faire passer cet héritage au XXIème siècle.

(Octobre 1987)
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MessageSujet: Re: La mémoire des pierres   Dim 7 Oct 2007 - 15:02

Et 20 ans après...

... rien n'a changé !

Superbe article montrant entre autre le retard du sud du pays par rapport au nord !!!


Marie-Laure ROGGEMANS et Martine WILLE a écrit:
[...]Depuis la parution de la loi sur la protection des monuments et sites en 1931, 2.213 monuments ont été classés en Wallonie, 181 à Bruxelles et 5.100 en Flandre.[...]

Marie-Laure ROGGEMANS et Martine WILLE a écrit:
[...]Les budgets annuels couvrant la restauration des bâtiments classés sont de l'ordre de 23 millions pour Bruxelles, 200 millions pour la Communauté française, plus de 500 millions pour la Communauté flamande. [...]

Marie-Laure ROGGEMANS et Martine WILLE a écrit:
C'est ainsi qu'est né un mouvement qui, au travers d'associations de bénévoles, relaie les Pouvoirs publics. Ces associations, qu'elles soient organisées en asbl, cercles d'histoire ou d'archéologie, syndicats d'initiative ou qu'elles regroupent de manière informelle quelques bonnes volontés, ont compris qu'il était indispensable de sauvegarder les éléments du passé pour préserver l'identité culturelle et la cohérence d'une communauté.

Qu'est-ce qu'on attend pour les rejoindre ?

Merci Bonnemine pour ce super topic !

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