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 Sire, il n'y a pas de Belges

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insatiable


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Localisation : Brabant flamand
Date d'inscription : 07/11/2007

MessageSujet: Sire, il n'y a pas de Belges    Ven 17 Aoû 2012 - 11:17

lu dans 'L'Echo'
14-08-2012


Il y a tout juste cent ans, un député socialiste de Charleroi, Jules Destrée, adressait sa "Lettre au Roi sur la Séparation de la Wallonie et de la Flandre". Cette célèbre "lettre" posait un diagnostic dur, pointant les aspirations très différentes des deux grandes communautés du pays. La peur d’une domination flamande dans la Belgique unitaire y transpirait largement...

"Sire (…), laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité: il n’y a pas de Belges (…) Vous régnez sur deux peuples. Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands…". L’homme qui écrit ses mots est un député socialiste de Charleroi, Jules Destrée. Nous sommes le 15 août 1912. Il y a tout juste cent ans.

Publiée dans la "Revue de Belgique", sa "Lettre au Roi sur la Séparation de la Wallonie et de la Flandre" a un retentissement durable dans un État alors encore profondément unitaire. Elle marque de son empreinte une année charnière qui consacre, avec le Congrès wallon de juillet puis l’Assemblée wallonne d’octobre, l’avènement du régionalisme wallon.

Certes, le mouvement wallon n’est pas né durant l’été 1912. Dès la fin du XIXe siècle, il apparaît en opposition à l’émancipation, pourtant jugée légitime, des Flamands. La victoire électorale des catholiques en juin 1912 au détriment des socialistes et libéraux — pourtant majoritaires au sud du pays — sert de détonateur et amplifie le ressentiment wallon.

Un poids politique

"Destrée, parce qu’il est une personnalité reconnue et un parlementaire important, confère au mouvement wallon un poids politique plus substantiel", explique Philippe Destatte, historien et directeur de l’Institut Destrée. Malgré le choix des termes – le député socialiste réclame la "séparation administrative" — sa revendication principale n’est pas séparatiste, au sens indépendantiste qu’on lui donne aujourd’hui. Il s’agit plutôt d’un appel, visionnaire pour l’époque, au fédéralisme, voire au confédéralisme.

Sans quoi la Belgique est menacée, dixit Destrée.

Cette célèbre "lettre" pose un diagnostic dur, pointant les aspirations très différentes des deux grandes communautés du pays. La peur d’une domination flamande dans la Belgique unitaire y transpire ("Ils nous ont pris la Flandre, notre passé, nos artistes, les emplois publics, notre argent, notre sécurité, notre liberté, notre langue", argumente longuement Destrée). Mais sa lettre au Roi Albert est aussi "positive" car elle est "prospective", explique Philippe Destatte. "Il annonce que le fédéralisme est une solution aux problèmes communautaires et il va y travailler en proposant des compromis", dit-il. "Anticipation, ouverture, volontarisme, dynamisme parlementaire: ses qualités sont un message important pour aujourd’hui", estime l’historien.

Alors que le mouvement wallon s’est initialement construit sur la défense linguistique du français et sur l’anti-flamingantisme, Destrée affirme le fait régional sur la liberté politique et économique de la Wallonie. Il l’ancre dans un territoire. La défense de la langue n’y est plus que secondaire. Beaucoup lui reprocheront d’ailleurs d’abandonner les francophones de Flandre…

Rapports avec Bruxelles

Dans cette lettre, on retrouve, déjà, toute l’ambiguïté, la méfiance, voire le mépris de certains Wallons à l’égard des Bruxellois. La population de la capitale y est décrite, en termes peu élogieux, comme un "agglomérat de métis"… Cette question du rapport entre la Wallonie et Bruxelles reste d’ailleurs irrésolue aujourd’hui: les francophones de Belgique sont toujours divisés entre "régionalistes" purs et durs et "communautaristes". Les débats quasi existentiels sur l’avenir de la Belgique lors de la dernière crise institutionnelle n’ont pas permis de la trancher. Et avoir rebaptisé la "Communauté française" en "Fédération Wallonie-Bruxelles" n’a évidemment pas fait avancer le propos…
Cette "lettre au Roi" de 1912 a donc été un de ces "coups d’accélérateur" qui ont fait avancer, souvent avec des soubresauts, le sentiment régional wallon à l’instar, par exemple, de la "grande grève" de l’hiver 1960-1961. Il a fallu attendre 1980 pour la création de la Région.

Mais il est donc faux de croire, comme certains le font parfois, que le fédéralisme n’a été voulu que par les Flamands et "subi" par des francophones attachés à la "Belgique de papa".
Aujourd’hui, "l’heure n’est plus à de grandes revendications wallonnes. Le fédéralisme est acquis et beaucoup de personnalités wallonnes se battent très pragmatiquement pour tirer l’économie régionale vers la moyenne européenne", conclut Philippe Destatte.

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