CHLEM : à propos d'histoire

Histoire locale de Leval-Trahegnies, Epinois et Mont-Sainte-Aldegonde
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Quel avenir pour quelle Belgique ???

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
AuteurMessage
aricover
insatiable


Nombre de messages : 257
Localisation : Brabant flamand
Date d'inscription : 07/11/2007

MessageSujet: Re: Quel avenir pour quelle Belgique ???   Ven 30 Nov 2007 - 15:32

Voir le traducteur « translate.google.com , www.google.be/language_tools ». Il parait que ça va mais je ne l’ai personnellement pas encore utilisé.

Mais je me sens quand même obligé (dans quoi vais-je me lancer !) de vous traduire l’article de Mia Doornaerts. Vous aurez donc ainsi une idée de ce que pense le Flamand moyen.
Voici donc la traduction :

Ras-le bol
Je suis une fédéraliste belge convaincue et j’adore Bruxelles où j’habite depuis longtemps. J’aime sa diversité, ses langues multiples, sa sphère internationale et son offre culturelle très riche. Les Flamands y sont beaucoup plus compris et servis dans leur langue qu’ils ne le croient.
Mais si quelqu’un me fera croire que ce royaume n’aura pas une durée illimitée, c’est bien Elio Di Rupo (PS).
Je suis sidérée par les déclarations de mr Di Rupo qui déclare qu’avec le PS, la formation du gouvernement n’aurait pas été un si grand problème et que l’on a démoli en 150 jours ce que l’on a mis 20 ans à construire.
Qu’avez-vous construit, mr Di Rupo ? Certainement pas le sens de l’Etat ou le civisme. Le PS se considère comme le pilier de la Belgique mais il se comporte comme un état dans l’état. Il est de notoriété publique qu’une partie des hauts fonctionnaires et des diplomates servent d’abord leur parti et ensuite l’Etat. Nombre de ministres et leurs collaborateurs, mr Di Rupo, et pas seulement Flamands, se sont irrités de la manière freinent des décisions importantes du gouvernement parce qu’ils couplent celles-ci à la nomination de membres du parti.
C’est un manque de respect pour la Belgique lorsque l’on nomme des politiciens de village aux postes clé, ceux qu’on appelle en France « ministères régaliens », comme la Défense. La façon dont Flahaut gère son budget et ses militaires, la diplomatie parallèle qu’il mène de son coté mine la Belgique et la met en difficultés avec les pays voisins et amis et ne f ait pas preuve de beaucoup de respect pour l’Etat. Dans un pays dont l’économie dépend en grande partie de l’exportation et par la même la visibilité de la Belgique, c’est particulièrement irresponsable.
Et qu’a donc construit votre parti en Wallonie alors qu’il est au pouvoir depuis une éternité ? Le chômage flirte toujours autours des 20%, 3 fois plus qu’en Flandre. Où est donc passé l’argent des subsides européens ?
Et j’en ai ras-le-bol des accusations francophones, qui ne viennent d’ailleurs pas uniquement du PS, au sujet du soi-disant impérialisme flamand. A ma connaissance, ce ne sont pas les Flamands qui discutent sans arrêt la frontière linguistique.
J’en ai marre que beaucoup des Francophones qui viennent s’installer en Flandre n’ont pas l’élémentaire respect d’apprendre un minimum de néerlandais. Prenez Dilbeek par exemple, où viennent encore s’installer des Francophones ; ça m’irrite de les voir, comme en terrain conquit, comment ils entrent dans les commerces et commencent directement en français sans même l’élémentaire politesse de demander « Spreekt u Frans ?». Et avant qu’on s’en soit rendu compte, il y a une “ minorité francophone“ qui exige des facilités et puis le rattachement à Bruxelles.
Et ceux qui tiennent les Flamands pour des impérialistes ou des fascistes parce qu’ils demandent le respect de la frontière linguistique.
J’en ai aussi ras-le-bol des politiciens francophones, aussi de votre parti, qui prétendent que les Flamands de Bruxelles ont plus de droits que les Francophones de la périphérie. Comprenez-vous bien ce que vous racontez ?
La Belgique se compose de deux communautés principales et si elles ne peuvent pas être, toutes les deux, chez elles dans la capitale, on place une bombe sous le pays.
Je suis d’ailleurs la première à regretter qu’il n’y ait pas plus de Flamands qui viennent habiter à Bruxelles.
Je reconnais aussi qu’Armand De Decker, homme intelligent, charmant et parfait bilingue a été le meilleur ministre de la Défense que le pays ait jamais eu et il n’est peut-être pas très diplomate quand il dit que le problème actuel vient du CD&V-NVA mais il a raison.
Le CD&V fait preuve d’une ambigüité inacceptable en se mettant en cartel avec un parti qui veut que la Belgique crève et en plus, il se laisse mener par le petit NVA.
Mais, mr Di Rupo, votre parti est aussi plus une part du problème que sa solution. Ce sera comme cela tant qu’il n’aura pas le sens de l’Etat et ne tendra pas la main aux 88% de Flamands qui ne veulent pas que la Belgique crève mais demandent que l’on respecte leur langue et les frontières de leur région linguistique.
M.D.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Patrice
Modérateur
avatar

Nombre de messages : 317
Age : 60
Localisation : Leval-Trahegnies
Date d'inscription : 04/04/2005

MessageSujet: Merci pour la trduction.   Ven 30 Nov 2007 - 18:50

Un préalable d'abord. Je ne suis ni membre, ni sympathisant du PS. Loin de là. Je ne veux rien avoir à faire avec des partis de droite surtout ceux qui veulent faire croire qu'ils sont de gauche.
Mais je constate une contradiction dans le texte que vous avez eu la gentillesse de traduire. Comme la volonté affichée, proclamée, hurlée même par Mr Reynders de renvoyer le PS dans l'opposition, il y a longtemps que le problème devrait être réglé. Plus de chantage possible, donc plus de frein à des décisions que la droite dure veut mettre en oeuvre. Or c'est loin d'être le cas.
Comme politiciens de village, nous ne sommes hélas pas les seuls à souffrir de cette tare. Quels homme politique flamand peut-il prétendre au titre d'homme d'Etat ? Leterme ? De Wever ? Verhofstadt ? Van de Lanotte ? De Winter? De Haene ? Van Rompuy ?
Voilà un des défauts qui manque à la Belgique: de vrais hommes d'Etat comme le furent des de Gaulle, Adenauer, Churchill, Mendès-France,...
Mais comment pourrait-il en être autrement ? Dans ce pays minuscule, au clientélisme ahurissant, avec un système électoral qui permet toutes les magouilles possibles, avec une tuyauterie communautaire d'une complexité sans pareille ? Il ne peut sortir de ce sac de nœuds, pour ne pas dire de vipères, que des politicards de bas étage.
Les vrais hommes d'Etat ont, au moins, une vision de ce que devrait être leur pays et mettent en oeuvre les moyens pour y parvenir. Que l'on soit d'accord ou non est un autre problème.
Quelle vision ont nos hommes politiques ? Leurs intérêts ! Celui de Di Rupo était de devenir 1er Ministre en se posant comme le sauveur de la Belgique, comme si cela dépendait de lui ! Celui de Reynders est de devenir l'homme fort du gouvernement et de la Wallonie. Celui de Leterme et de ses alliés de la NVA, c'est de ne pas perdre les élections de 2009. Mais eux, au moins, ont une vision: une Flandre riche et la plus indépendante possible. Ce ne sont pas des hommes d'Etat mais des hommes de Région.
Le PS est un Etat dans l'Etat en Wallonie, c'est vrai. Et c'est lamentable. Mais je me demande comment le PS pourrait être un Etat dans l'Etat fédéral alors qu'il n'existe plus qu'en Wallonie. Avec l'aide du SPa, allons donc. A qui faire croire cela ?
Par contre, avant 1999, il était courant de parler de l'Etat CVP et, eux, avec l'aide du "petit frère" wallon: le PSC.
S'il existe bien des responsables de la situation wallonne, c'est du côté des cathos qu'il faut les chercher ! Ils ont été au pouvoir sans discontinuer de 1945 à 1999, c'est-à-dire pendant 50 ans ! Voir le texte de Joseph Henrotte. Si dès 1970, on avait transformé la Belgique en un vrai Etat fédéral, nous n'en serions pas là. Mais non, les cathos ont freiné des 4 fers pour conserver une Belgique unitaire. D'où les imbroglios actuels et la complexité ahurissante de notre système, construit comme un jeu de Lego par un enfant autiste, qui est en train de regarder la télévision et qui est de mauvaise humeur.
Que le Flamand moyen ne soit pas séparatiste, je le crois aisément. Mais alors pourquoi a-t-il voté massivement pour des partis qui ont basé leur campagne sur plus d'autonomie ? Ce qu'il ne comprend pas, en votant massivement, pour des partis autonomistes voire carrément séparatistes, c'est que derrière cette autonomie de façade, se cache, de plus en plus difficilement, la volonté d'obtenir l'indépendance de la Flandre. 88% des Flamands ne sont pas séparatistes dit l'auteur de l'article. Je me demande où il a été chercher ces chiffres ? Dans "Le Soir" ? "La Libre" ? Parce que si c'était vrai, ils pouvaient voter pour Groen, l'Open VLD ou le SPa (ces deux derniers se croient, d’ailleurs, maintenant obligés de se radicaliser).
Qu'attendent-ils ?
A mon avis, trois choses
Primo, d'avoir pressé la Belgique jusqu'à sa dernière goutte.
Secundo, d'être sûrs qu'une majorité de Flamands vont les suivre. Et ça, ils n'en sont pas certains ! C’est vrai. Mais depuis quand, le peuple a-t-il le droit à la parole. A-t-on demandé votre avis pour la Constitution européenne ? Pour les Traités de Maastricht ou de Nice ? Et quand c’est le cas, comme en France ou aux Pays-Bas, ils finissent quand même par passer outre.
Tertio, surtout, être certains que Bruxelles sera flamande.
Une autre hypothèse. Exiger, la séparation de la Sécu, c'est asphyxier la Wallonie. Les chiffres du Bureau du Plan sont clairs. Sans les 10 à 12 milliards annuels qu'allouent la Flandre à la Wallonie, c'est une perte de 20 à 30% de revenus que vont subir les allocataires sociaux et une montée foudroyante de la fiscalité. Bref, la Wallonie aurait droit soit à des émeutes, soit demander le rattachement à la France. Les Flamands auraient beau jeu de dire: "Vous voyez, ce n'est pas nous qui avons fait sauter la Belgique, mais les francophones".
Ceci étant, je ne comprend pas, l'histoire le prouve, l'attachement des Wallons à un pays qui ne les a jamais aimés ! Les Flamands ont toujours été majoritaires. Ils ont eu besoin des industries wallonnes pour survivre d'abord, pour se développer ensuite mais la rancœur contre les "fransquillons" avaient eu le temps de se développer. Alors qu'ils occupent le poste de 1er Ministre depuis 1974, sans discontinuer, rien à faire, le désir de vengeance pour les avanies passées est ancré.
On le voit bien dans les communes bien mal baptisées "à facilités". Qu'un francophone s'installe à Gand, Bruges, Anvers ou Hasselt et refuse d'apprendre le néerlandais est en effet inacceptable. Mais dans la périphérie de Bruxelles, c'est oublier un peu vite la loi de 1963. Bruxelles est une ville à majorité francophone en territoire flamand mais à la marche de la Wallonie. Ce n’est pas un ilôt perdu en plein milieu de la Campine. Et là, le problème devient inextricable: c'est le droit du sol que défendent les Flamands contre le droit du sang que défendent les Wallons. Deux visions irréconciliables que démontre la saga BHV, trou dans cette fameuse frontière linguistique. Mais n'oublions pas qui dit frontière, dit Etat souverain. Et c'est le droit des Flamands ! Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est inscrit est reconnu (du moins en théorie) par les Traités internationaux.
Il n'y a pas que chez nous que ce phénomène apparaît. Dans l'ex-Yougoslavie, ils se sont battus pour des évènements qui se sont passés, il y a des siècles.
C'est lamentable, mais humain.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://acide.skynetblogs.be
Filsix
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 854
Localisation : Leval
Date d'inscription : 03/04/2005

MessageSujet: Re: Quel avenir pour quelle Belgique ???   Ven 30 Nov 2007 - 23:59

faut-il en rire ?

cliquez ici

_________________
Bonjour chez vous !

Filsix
Site admin



Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://users.skynet.be/judo_msa
JP
insatiable


Nombre de messages : 419
Age : 67
Date d'inscription : 25/11/2007

MessageSujet: Re: Quel avenir pour quelle Belgique ???   Sam 1 Déc 2007 - 8:40

Doornaert,héhé,on s'en méfie.Ce n'est pas pour rien quelle à été bombardé Baronne par le vibreur national
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
elcarolo
Hyper actif
avatar

Nombre de messages : 98
Age : 43
Localisation : Leval-Trahegnies
Date d'inscription : 19/11/2006

MessageSujet: l avenir de la belgique   Sam 1 Déc 2007 - 8:53

Je ne comprends pas ces politiciens qui foutent la merde. Nous les avons mis au gouvernement et ils doit travailler pour le bien du citoyen et non remettre les problèmes communautaires sur le plateau. Mais c'est ce qu'ils font. Je suis partis de Leval pour veir habiter à Comines-Warneton en flammand KOMEN-WAASTEN. Et oui une commune à facilité. Ma belle-mere est flammande et alors. Nous sommes belges avant tout. Quand on vois par ici, Ypres, Kortrijk et environs, il y a une très bonne entente entre flammands et wallons. Alors Messieurs les politiciens arretez svp. De plus, Yves Leterme est de cette région et oui, ses parents étient fermier dans les environs de comines et de surccroit en wallonie. Alors quand on voit ce pseudo flammingand je suis désolé, faut qu ils arretent tous la.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
aricover
insatiable


Nombre de messages : 257
Localisation : Brabant flamand
Date d'inscription : 07/11/2007

MessageSujet: Origines   Ven 14 Nov 2008 - 13:57

Bon à savoir:

"Un nœud gordien belge qui remonte à 14-18"
CHRISTIAN LAPORTE
Mis en ligne le 11/11/2008 dans " LA LIBRE"
Laurence van Ypersele, historienne de l’Université de Louvain s’est notamment investie dans l’étude de l’évolution des perceptions de la Première Guerre mondiale dans l’entre-deux-guerres. Une période d’autant plus intéressante qu’elle a, selon elle, des conséquences dans les esprits les plus contemporains. Et notamment sur la crise communautaire récente. Une autre manière d’envisager aujourd’hui la guerre 14-18.
Rencontre.

Commémorer la Première Guerre mondiale et notamment le nonantième anniversaire de l'Armistice?

Oui et je suis très interpellée par le fait que contrairement à la Communauté flamande ni le niveau fédéral, ni la Communauté française, ne semblent vraiment se préoccuper du centenaire, dans six ans déjà, de l’éclatement de la grande Guerre. La Première Guerre appartient à notre passé et c’est même un moment fort de ce passé. Nous pourrions même profiter de l’occasion pour faire montre d’une certaine fierté.
En fait, la Belgique a vécu avant tout le monde une guerre totale d’occupation. Nous avons donc aussi droit à une petite place en terme d’Histoire mondiale. Sans parler de l’importance de connaître ses racines car comme le dit le proverbe, si tu ne sais pas où tu vas, sache au moins d’où tu viens... Enfin, se souvenir de la Première Guerre mondiale en Belgique nous permet de réfléchir en nuances sur les origines du véritable nœud gordien communautaire qui marque la vie politique depuis juin 2007...

Pourriez-vous nous expliciter cela?

La Première Guerre mondiale est vraiment la matrice de nos incompréhensions actuelles tout comme la Deuxième Guerre a aussi donné lieu à des visions très différentes qui continuent à peser sur les relations nord-sud actuelles.

Vous pensez notamment à la légende des soldats flamands qui, dans les tranchées, ont souffert et sont morts pour une cause qui n'était pas la leur?

Cette légende, comme vous dites, a démarré dès 1917 sous l’impulsion de l’activiste Raf Verhulst. A ce moment, ce mouvement plaidant pour une Flandre indépendante n’y était pas tellement apprécié. Mais la situation s’envenima lorsqu’on y ajouta un élément pourtant erroné de A à Z, que les soldats flamands avaient été commandés dans une langue qu’ils ne comprenaient pas. Quand on veut sauver sa peau, dix mots suffisent. Les soldats wallons qui parlaient eux aussi leurs dialectes n’auraient pas compris davantage ce que les officiers voulaient.
Des historiens flamands ont démonté la légende dans les années 1980 mais en 2008, un journal sérieux comme le "Standaard" la reprend encore et toujours. Quand vous vous penchez sur les statistiques des soldats morts pour la patrie, vous constaterez une légère surreprésentation des victimes flamandes de l’ordre de 9 pc. Mais la surreprésentation exacte serait plutôt de l’ordre de 3 voire 4 pc car nombre de soldats flamands étaient francophones.

Comment explique-t-on cela?

Il faut retourner aux débuts de l’invasion allemande. En 1914, pendant la guerre de mouvement, on continuait à recruter. La Flandre connaissait un certain retard: elle comptait moins de personnes éduquées et était aussi plus pauvre. Cette réalité sociale se répercuta dans l’armée: plus de francophones se retrouvaient dans la cavalerie et dans l’artillerie, là où les Flamands gonflaient les rangs des fantassins qui étaient aussi les plus exposés dans les combats. Mais ce mythe a, selon moi, une fonction symbolique qu’il faut essayer de comprendre même s’il est faux. Il y avait un fossé entre les soldats de la base et leurs chefs qui faisaient montre d’un paternalisme insupportable. Dan ses carnets, Jean Verhaegen, un grand bourgeois francophone, parle avec amour sinon adoration de ses hommes mais il y a comme une forme de mépris larvé.
Au fur et à mesure que la guerre avance, les Flamands se sont sentis de plus en plus humiliés comme Flamands, là où les soldats wallons réagissent en termes de différences de classes sociales. On était dans un univers où la mort était omniprésente. On n’avait droit à la parole que pour exprimer le deuil. Et les soldats flamands réagirent comme s’ils allaient tous mourir.

Qu'est ce qui vous fait jeter un lien entre la Grande Guerre et nos incompréhensions actuelles?

C’est le début de notre imbroglio actuel. Il faut partir du vécu du front et de celui de la Belgique occupée. Et de quelques données: il y a eu 40 000 victimes belges face aux 1 800 000 victimes allemandes et aux 1 400 000 victimes françaises. La Belgique occupée resta dans les esprits: elle était héroïque et martyre. C’était une image car chez nous aussi, il y eut un grand attentisme mais reste que le pays fut du camp victorieux qui au nom de la Patrie, au nom d’une cause sacrée s’est opposé aux Teutons, ces barbares abhorrés. C’est la Belgique du cardinal Mercier qui disait qu’il ne fallait pas admirer ceux qui n’ont que la force pour eux.

Le patriotisme n'était donc pas aussi évident?

La Belgique eut aussi sa zone grise. Il fallait bien vivre. Il y avait donc bien sûr des petits profiteurs de guerre. Comme ailleurs, tous ne restèrent pas purs. Des industriels ont continué à faire tourner les charbonnages mais l’occupant allait saisir une partie de la production. Chez les journalistes aussi, certains brisèrent leur plume mais d’autres reprirent le travail, se disant au service de l’information. Il y avait aussi des petits traîtres qui livrèrent des résistants. Et enfin, il y avait la trahison politique avec les activistes. Ils n’étaient pas nombreux, c’était une toute petite minorité flamingante qui se voulait apolitique et qui allait même refuser la main tendue de l’occupant. Je dirais que c’étaient plutôt des petites frappes comme le fameux Borms. Puis on a proposé de flamandiser l’université de Gand et la séparation administrative.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’il y avait aussi une hyper-minorité d’activistes wallons installés à Namur mais les Namurois ne le savaient pas! Les activistes flamands n’étaient pas aimés par la population, c’est un euphémisme. Ils allaient donc proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre mais le firent trop tard. Et en novembre 1918, ils durent s’enfuir poursuivis par la Justice belge mais aussi par la vindicte populaire.

On est loin là de l'image d'Epinal d'une Belgique rangée derrière le Roi-Chevalier...

La sortie de la guerre, grosso modo, du mois d’octobre 18 au mois de janvier 19, sera une période floue de reconquête. Le 11 novembre, les autorités attendent à Gand plutôt que de rejoindre Bruxelles où jusqu’au 15, 16 novembre, on assista encore à des violences impressionnantes entre Allemands, entre les troupes ralliées à la révolution et celles restées fidèles au Kaiser. Et ce ne fut pas l’apaisement après le départ des Allemands car la population se livra à des pillages et des violences contre ceux qui à ses yeux avaient perdu la guerre.
Les plus visés ne furent pas les activistes mais les profiteurs et les femmes. Triste préfiguration de ce qui allait se répéter à la fin de la Seconde Guerre: des femmes furent rasées selon le rituel des charivaris de l’Ancien régime. Rasées, dénudées et affublées de casques à pointe, elles furent transportées sur des carrioles et exposées aux lazzis du public.

Mais la Justice prit vite le relais?


Surtout en 1919. Elle s’en prit d’abord aux profiteurs puis aux activistes. Les plus détestés furent ceux qui avaient livré des héros. Mais si on les a condamnés, on ne les a pas exécutés. Il y eut autant de Flamands que de francophones.Par contre, il n’y avait guère de pitié pour les espions qui avaient trahi comme le Liégeois Douart. Le jury demanda l’exécution, ce que l’on ne fit pas pour Borms. Il y eut des pétitions jusqu’en Flandre occidentale pour qu’on le prive de sa vie. Albert Ier y était gagné aussi mais le Parti ouvrier belge était contre la peine de mort.

L'image des activistes évolua aussi
?

A partir de 1921 et surtout après les accords de Locarno, l’aile la plus radicale du Mouvement flamand présenta les activistes comme des idéalistes sinon des prophètes! Pour eux, la méchante Belgique ne donnerait jamais rien à la Flandre. Et c’est ainsi que Borms fut idéalisé.
L'opinion va basculer à ce moment-là? Dans la presse, on lisait que la justice était lente mais ce n'était pas vraiment la réalité. Elle agissait et à partir de 1921, les interpellations pleuvent au Parlement pour défendre certaines petites frappes flamandes. Ce qui fit hurler les francophones de Flandre: on soupçonna les loyalistes d'agir comme les activistes. Ils se font traiter de flamboches parce qu'ils veulent une université flamande à Gand. Et on les amalgama avec l’université von Bissing... Cette fois, le Mouvement flamand se sentit visé dans son ensemble.

Dans les mentalités, il y eut des répercussions sur les héros de guerre? Ils ne furent quasiment plus honorés qu'en Belgique francophone. Qui sont ces héros? C'est le roi Albert, le cardinal Mercier, le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max, mais aussi les héros de Liège et de Dixmude, les généraux Leman et Jacques. On les glorifia de manière traditionnelle contrairement aux héros civils qui devaient, eux, mourir pour avoir cette reconnaissance. Ceux-là ont fait leur devoir civique jusqu'au sacrifice suprême pour le bien commun. Mais le simple héros n'était reconnu que mort. Il avait diverses formes: le soldat, le passeur, l'agent de renseignement. Il est intéressant de voir comment ils furent mis en avant. Les récits ne disent guère ce qu'ils ont fait mais on évoque leur mort sur le modèle de la Passion du Christ. On évoque leur procès et leur exécution en passant par les souffrances morales et les doutes comme Jésus à Gethsémani. Et on évoque leur dernière lettre où ils se préparent à mourir "sous la grâce de Dieu et de la Patrie". Face au peloton d'exécution, ils refusent le bandeau et sont descendus aux cris de "Vive le Roi, vive la Belgique!". Gabrielle Petit fut un tel modèle à l'instar de Joseph Ferrant, de Philippe Baucq. Petit et Baucq eurent une aura nationale mais on institua aussi des cultes plus locaux à des héros comme Franz Merjay à Ixelles, Omer Lefèvre à La Louvière, Oscar Lelarge à Huy.

Cette héroïsation a précédé les grands hommages nationaux comme celui au Soldat Inconnu?

Dès 1919, les héros civils ont reçu quatre hommages nationaux; on les exhuma pour leur donner des funérailles solennelles. C’est Anvers qui ouvrit la série en mars puis en mai, Schaerbeek honora Gabrielle Petit et deux autres héros, suivie un mois plus tard de Bruxelles qui rendit hommage à Philippe Baucq. L’année d’hommages se termina en décembre par Liège.Des cérémonies assez impressionnantes avec trois jours d’exposition des cercueils et la présence du cardinal Mercier, des membres de la famille royale et du gouvernement.

La Flandre avait lancé ces hommages mais cet esprit disparut dès 1920...

Il n’y avait pas de grands héros flamands qui pouvaient se couler dans le moule. Dès lors va se développer un modèle où intervint la victimisation. Ils n’étaient plus des héros belges mais des héros universels. La fraternité prima sur l’attachement à la Nation. Un cas typique fut celui des frères Van Raemdonck morts en mission à Steenstraete. La légende flamande dirait qu’ils avaient été retrouvés dans les bras l’un de l’autre. Les Flamands purent sy retrouver: ils étaient morts fraternellement pour une cause dans laquelle ils ne pouvaient se reconnaître. En fait, Frans Van Raemdonck aurait été retrouvé dans les bras d’un soldat wallon, Amé Fiévez. L’affaire fit l’objet de plusieurs études d’anciens combattants qui voulaient expurger la vision flamande mais, en 1932, le comité du pèlerinage de l’Yser avait obtenu que leurs dépouilles quittent le cimetière de Westvleteren pour la Tour de Dixmude. Mais les corps des frères et celui du soldat wallon étaient entremêlés. Le Mouvement flamand allait refuser d’associer Amé Fievez à son hommage.

L'on honora donc différemment les victimes du nord et du sud du pays?

Du côté francophone, on continua à produire des récits de héros nationaux là où la Flandre pratiquait l’héroïsation au nom de valeurs universelles. Mais elle en oublia du coup certaines! Une authentique héroïne originaire de Roulers, Marthe Speeckaert, rédigea ainsi ses mémoires en anglais ("I was a Spy") avec une préface de Winston Churchill. Cette femme exceptionnelle qui avait eu les plus hautes distinctions britannique et française mais aussi la Croix de fer allemande (car comme infirmière elle avait aussi soigné l’ennemi) ne fut découverte en Flandre qu’en 2000! Son livre avait été traduit en français, en roumain, en italien mais ne connut de version néerlandaise que sous l’impulsion d’un chercheur contemporain!

Ces différences de perception ne firent que croître...

La référence à la patrie n’a pas été vécue de la même manière. Parce que les grands héros étaient francophones mais aussi en raison de la présence des forces sur le terrain. Les Flamands étaient ainsi moins représentés dans les réseaux de renseignements. La Première Guerre mondiale fut un cas intéressant dans la mesure où on a pu remettre les souffrances de chacun à leur place. En fait, l’on renforça les différences de manière parfois virulente. Et on en a remis une couche pour la Seconde Guerre mondiale. En rendant la légende vraie en affirmant qu’il y avait plus de collaborateurs. Et plus ici avec un "ange" comme von Bissing mais dans l’environnement d’un régime odieux. La répression n’arrangea rien. On prétendit que l’on avait été plus sévère avec les Flamands mais les chiffres montrent le contraire. Et l’image fausse de l’entre-Deux-Guerres se répercuta sur la Seconde Guerre. Très vite même: ce fut la réaction des soldats wallons qui durent rester prisonniers en Allemagne alors que leurs collègues flamands pouvaient rentrer. Le malentendu se renforça autour de la question de l’amnistie comme après le premier conflit mondial. Et on en arrive alors aux incompréhensions actuelles.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Quel avenir pour quelle Belgique ???   

Revenir en haut Aller en bas
 
Quel avenir pour quelle Belgique ???
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
 Sujets similaires
-
» Quel avenir pour l'humanité et la vie sur Terre?
» Quel avenir pour l'Egypte ?
» Quel avenir pour la Tunisie?
» quel avenir pour moi?
» quel avenir pour les assmats vétérant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
CHLEM : à propos d'histoire :: Public :: Un peu de tout :: discussion en tout genre-
Sauter vers: