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 Julien Lahaut, assassiné le 18 août 1950

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insatiable


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Localisation : Brabant flamand
Date d'inscription : 07/11/2007

MessageSujet: Julien Lahaut, assassiné le 18 août 1950   Mar 2 Aoû 2016 - 14:16

Julien Lahaut
1884 - 1950
Né à Seraing le 6 septembre 1884 d’un père métallurgiste, militant politique et syndical
du Parti ouvrier belge (POB) et d’une mère femme au foyer, Julien Victor Lahaut passa
son enfance à Seraing, en compagnie de ses deux grandes soeurs et des enfants de son
quartier populaire, à l’époque des luttes sociales de la fin du 19ème siècle. Il fréquenta
l’école maternelle et primaire communale puis étudia deux ans à l’école industrielle. Sur
l’insistance de sa mère, il suivit le catéchisme, mais comme son père il marqua une
indifférence tolérante par rapport à la religion.
Il entra dans la vie professionnelle à l’âge de 14 ans comme ouvrier chaudronnier dans
une petite usine. Il fut ensuite embauché par la grande entreprise Cockerill et se lança
dans le syndicalisme. Il fut licencié à l’occasion d’une grève en 1902. Il participa, en
1905, à la fondation du syndicat Relève-toi qui est à l’origine de la Centrale des
Métallurgistes affiliée au POB. En raison de son activité syndicale, il fut licencié en 1908
des Cristalleries du Val Saint-Lambert où il avait trouvé du travail. Il devint alors
secrétaire syndical, rémunéré. Il fut incarcéré pendant la dernière grève générale pour le
suffrage universel en 1913.
La même année, il épousa une ouvrière, Gérardine Noël, huit ans plus jeune que lui. Il
l’avait connue pendant la grève de la cristallerie. Elle assista à l’assassinat de son mari
et lui survécut jusqu’en 1970.
En 1914, alors qu’il n’était pas mobilisé, Julien Lahaut se porta volontaire et rejoignit
l’armée belge en passant par les Pays-Bas. C’est ainsi qu’il fut affecté au corps des
autos-canons-mitrailleuses et envoyé en Russie en 1915. Il séjourna à Petrograd puis
connut le baptême du feu sur le front de Galicie. Il fut témoin des révolutions de 1917
en Ukraine, de la débâcle de l’armée russe, des affrontements sanglants entre les
nationalistes ukrainiens et les rouges. Son unité revint de Russie en faisant le tour
du monde, par le Transsibérien, la Chine, les États-Unis et les océans. Julien
Lahaut fut démobilisé en 1918, avec un grade de sous-officier, des distinctions
honorifiques russes et belges et la conviction que Lénine avait raison.
Il reprit ses activités syndicales, dans le cadre de la Fédération liégeoise de la Centrale
des métallurgistes. Il fit partie de la minorité qui souhaitait l’adhésion du POB à la IIIe
internationale, mais ne rejoignit pas le Parti communiste lors de sa fondation en
1921. Sa position favorable au bolchevisme et sa pratique syndicale radicale
indisposaient les dirigeants socialistes. Une grève éclata dans la grande entreprise
Ougrée-Marihaye qui faisait partie du secteur dont Julien Lahaut était responsable.
Comme elle s’éternisait sans succès, la Fédération des Métallurgistes décida la reprise
du travail et cessa de payer les indemnités de grève. Julien Lahaut incita au contraire
les travailleurs à poursuivre leur action. Il organisa l’évacuation des enfants des
grévistes confiés à des familles d’accueil. L’opération qui rencontra un énorme succès se
déroula sous un calicot resté célèbre : « Les patrons sont des méchants ». Victime d’une
provocation, Julien Lahaut fut arrêté. De sa prison, il envoya sa lettre de démission aux
dirigeants syndicaux qui avaient mis fin à la grève. Ces derniers déclenchèrent
une campagne de presse contre lui et proposèrent son exclusion du POB.
Le bureau du parti tergiversa mais quand il apprit que Julien Lahaut et ses amis
avaient gagné l’élection du conseil d’administration des coopératives de Seraing
contre les candidats de l’Union communale socialiste, il n’hésita plus.
La dissidence syndicale menée par Julien Lahaut prit le nom de Chevaliers du
Travail, se fédéra avec d’autres petits syndicats locaux du Hainaut et adhéra à
l’Internationale syndicale rouge, le Profintern. Julien Lahaut fut désigné comme
représentant au IIIe Congrès de cette organisation qui se tint à Moscou en 1924. Il
participa également au IVe en 1927 et au Ve en 1930.
Entre-temps, Julien Lahaut fut arrêté dans le cadre d’un grand procès intenté aux
dirigeants communistes qui s’étaient prononcés contre l’occupation de la Ruhr par
les armées française et belge. Il fut libéré parce qu’il n’était pas membre du PCB puis
relaxé avec tous les inculpés. Il annonça, à cette occasion, son adhésion au PCB. Il fut
élu conseiller communal en 1926.
En 1928, se relevant d’une grave maladie, il fit un long séjour en URSS pour passer
sa convalescence à Sotchi. Au cours de ce voyage il renoua des contacts avec Frédéric
Legrand, un ouvrier militaire belge qui était resté en Russie après la Révolution
d’octobre. Il visita le pays en compagnie de Joseph Leemans*. Il négocia aussi une
aide financière pour l’achat, par les Chevaliers du Travail, du théâtre de Seraing qui
servait également de local au PCB et aux antifascistes italiens réfugiés en Belgique.
1929 fut une année difficile pour Julien Lahaut. Il faillit bien quitter le PCB. Il avait
été élu conseiller provincial et souhaitait contre l’avis du Bureau politique du PCB,
soutenir de l’extérieur une Députation permanente (gouvernement provincial) socialiste
homogène plutôt que de voir le POB s’allier avec un parti de droite. Comme il ne
s’inclina pas, il adressa sa démission à la direction du PCB qui se divisa entre ceux qui
voulaient son exclusion et les partisans d’une conciliation. D’autre part, le nombre
des Chevaliers du Travail déclinait : d’environ deux mille en 1922, il n’y avait plus que
trois cents métallurgistes et neuf cents mineurs affiliés. La commission syndicale du
PCB proposa la transformation des Chevaliers du Travail en Centrale
révolutionnaire des Mineurs et que cette organisation syndicale affilie ses membres au
PCB. Comme Julien Lahaut résistait, il fit l’objet d’un rapport accablant au Komintern. Il
fut accompagné de Georges Van den Boom, partisan de son exclusion, au Congrès du
Profintern en 1930. Julien Lahaut est pourtant porté à la tête de la nouvelle organisation syndicale car, à Moscou,
l’IC avait tranché. Il n’était pas question de se séparer de Julien Lahaut, alors que la
scission trotskiste n’était pas cicatrisée. Bien plus, en décembre 1930, le Comité
central amorçait un tournant confirmé par le Ve Congrès du PCB en mai 1931. Le
tandem Joseph Jacquemotte et Julien Lahaut s’affirmait. En 1934, l’ancienne direction
fut sanctionnée pour avoir laissé la Jeunesse communiste conclure un accord avec la
Jeune Garde socialiste (JGS) qui comportait des éléments trotskistes. En 1935, Julien
Lahaut accéda officiellement au secrétariat du PCB.
La grève des mineurs de 1932 confirmait la ligne de proximité avec les masses.
Julien Lahaut fut une fois encore arrêté, mais il quitta la prison pour le Parlement où il
venait d’être élu. L’orientation vers des fronts populaires était prise. Les communistes
furent invités à rejoindre individuellement les syndicats socialistes, la centrale
révolutionnaire des Mineurs négocia sa fusion avec la Centrale des Mineurs du POB. À
cette occasion, Julien Lahaut sollicita en1936 l’intervention de Georges Dimitrov pour obtenir l’apurement des dettes de la
centrale révolutionnaire qui avait puisé, pour soutenir la grève de 1932, dans la caisse
des allocations de chômage.
Julien Lahaut n’était donc plus permanent syndical. Il était député. Le décès inopiné de
Joseph Jacquemotte le fit apparaître un moment, au congrès de
1936, comme le principal dirigeant du PCB. Mais l’IC se méfiait. Elle louait son
courage physique, ses qualités d’orateur, son dévouement, sa popularité, mais elle
soulignait aussi son manque de formation politique, ses piètres qualités
d’organisateur et ses improvisations. C’est pourquoi Xavier Relecom fut appelé à
devenir le principal dirigeant du PCB.
Julien Lahaut était un militant antifasciste. En 1924, avec ses partisans, il avait
interrompu brutalement un meeting de la Légion nationale. En 1933, on lui avait
remis le drapeau nazi arraché au consulat d’Allemagne. Il l’amena, lacéré, au Parlement.
En 1935, il tint un meeting face au pavillon italien à l’Exposition universelle de
Bruxelles et fut arrêté pour rébellion. Il fut chargé de l’aide à l’Espagne républicaine.
Suite au pacte germano-soviétique, il joua le jeu de la neutralité. Il prit la défense des
députés du Groupe Ouvrier et Paysan français, jugés à Paris pour trahison et
propagande communiste. Au moment de l’invasion de la Belgique, il resta à son
poste de conseiller communal et exerça des fonctions d’échevin en l’absence des
titulaires en fuite. Nanti de ce mandat, il descendit en France dans la zone non occupée
pour ramener à leurs parents les jeunes gens qui y avaient été déplacés et abandonnés.
Sous l’occupation, il menait une activité politique publique, mais il disposait d’un
logement clandestin à Bruxelles et poursuivait son travail de dirigeant avec les militants
communistes entrés en résistance. A Liège, en janvier 1941, à la tête de milliers de
manifestants, il affronta Léon Degrelle protégé par les soldats allemands. Pendant la
grève des 100.000 en mai 1941, il se porta à la tête du mouvement et négocia avec
les autorités de la Belgique occupée et avec l’administration allemande.
Le 22 juin, il fut arrêté et emprisonné au fort de Huy ; après trois tentatives d’évasion,
il fut déporté à Neuengamme puis condamné à mort et déplacé à Mauthausen. Quand il
fut libéré, sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Il laissa chez ses codétenus le souvenir
d’un « roi de la solidarité » d’après le déporté français Martin tandis que son codétenu, le
prince Czetwertynski, lieutenant dans l’armée polonaise, dit de lui « C’est un homme qui
portait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à chacun ».
Son retour fut triomphal. Il était le seul des anciens secrétaires du PCB à avoir gardé son
prestige à l’issue de la guerre. Le Comité central créa pour lui le poste de président
du PCB. Mais le numéro un était Edgar Lalmand, le secrétaire général.
En 1945, il préside la Conférence wallonne du PCB destinée à préparer la participation
des communistes au Congrès national wallon. Elle se prononce pour l’autonomie de la
Wallonie dans le cadre de la Belgique. Julien Lahaut appuie des propositions de lois
allant dans le sens du fédéralisme, voire du confédéralisme.
Après les élections de 1946, il accéda à la vice-présidence de la Chambre. Il devint
échevin de Seraing, les socialistes le privant du poste de bourgmestre que le suffrage des
électeurs devait logiquement lui conférer.
Il fut bien entendu un des acteurs de la grève de 1950 pour l’abdication du roi Léopold III.
Suite au compromis qui mit fin à ce conflit, le PCB raidit sa position et décida d’un coup
d’éclat lors de la prestation de serment du prince Baudouin. Le groupe des députés
communistes devait crier ensemble « Vive la République ! » au signal de Julien
Lahaut dont la voix dominait celle des autres, mais Georges Glineur, par erreur, cria
seul le premier. Son cri entendu en direct à la radio fut attribué à Julien Lahaut, tandis
que les voix des autres députés communistes dont celle de Julien Lahaut étaient déjà
couvertes par le tumulte.
Quelques jours plus tard, le 18 août, Julien Lahaut était assassiné à son domicile.
Il était entré dans la légende. Ses funérailles furent grandioses. L’enquête fut fort mal
menée. Le crime est aujourd’hui prescrit. Des voix, y compris parlementaires, se sont
élevées pour réclamer que la lumière soit faite. D’autant plus qu’un journaliste et un
historien ont identifié l’assassin, membre d’un groupe de droite, lié à l’Eglise, à la CIA et
au service de renseignement de l’armée belge.
Julien Lahaut fut une figure emblématique du communisme en Belgique. Pourtant il
ne fut pas un des fondateurs du PCB. Il se rattachait plutôt au courant anarchosyndicaliste
wallon.
Il vint au communisme en raison d’un conflit avec les dirigeants socialistes et par
admiration pour l’URSS. Il ne fut pas un théoricien. Prodigieux orateur, personnage
charismatique qui n’hésitait pas à distribuer des coups de poing et accumulait les
condamnations pour rébellions, agissait souvent instinctivement de manière
individuelle. La presse locale avait inventé un terme pour désigner ses partisans: « les
lahautistes ».

lu dans : Centre des Archives communistes en Belgique : Julien Lahaut (1884 – 1950), biographie – Jules
PIRLOT
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